— Pas celui-ci!… Il est si jeune!… Il a une petite figure si douce!…

— À propos, puisque tu veux en faire ton camarade, occupe-toi de lui donner un nom…

— Un nom?… Et lequel?…

— Jocko, parbleu!… Tous les singes s'appellent Jocko!»

Il est probable que ce nom ne convenait pas à Llanga. Il ne répondit rien et retourna auprès de son protégé.

Pendant cette matinée, la navigation fut favorisée et on n'eut point trop à souffrir de la chaleur. La couche de nuages était assez épaisse pour que le soleil ne pût la traverser. Il y avait lieu de s'en féliciter, puisque le rio Johausen coulait parfois à travers de larges clairières. Impossible de trouver abri le long des berges, où les arbres étaient rares. Le sol redevenait marécageux. Il eût fallu s'écarter d'un demi-kilomètre à droite ou à gauche pour atteindre les plus proches massifs. Ce que l'on devait craindre, c'est que la pluie ne reprît avec sa violence habituelle, mais le ciel s'en tint à des menaces.

Toutefois, si les oiseaux aquatiques volaient par bandes au-dessus du marécage, les ruminants ne s'y montraient guère, d'où vif déplaisir de Max Huber. Aux canards et aux outardes des jours précédents, il eût voulu substituer des antilopes sassabys, inyalas, waterbucks ou autres. C'est pourquoi, posté à l'avant du radeau, sa carabine prête, comme un chasseur à l'affût, fouillait- il du regard la rive dont le foreloper se rapprochait suivant le caprice du courant.

On dut se contenter des cuisses et ailes des volatiles pour le déjeuner de midi. En somme, rien d'étonnant à ce que ces survivants de la caravane du Portugais Urdax se sentissent fatigués de leur alimentation quotidienne. Toujours de la viande rôtie, bouillie ou grillée, toujours de l'eau claire, pas de fruits, pas de pain, pas de sel. Du poisson, et si insuffisamment accommodé! Il leur tardait d'arriver aux premiers établissements de l'Oubanghi, où toutes ces privations seraient vite oubliées, grâce à la généreuse hospitalité des missionnaires.

Ce jour-là, Khamis chercha vainement un emplacement favorable pour la halte. Les rives, hérissées de gigantesques roseaux, semblaient inabordables. Sur leur base, à demi détrempée, comment effectuer un débarquement? Le parcours y gagnait, d'ailleurs, puisque le radeau n'interrompit point sa marche.

On navigua ainsi jusqu'à cinq heures. Entre temps, John Cort et Max Huber causaient des incidents du voyage. Ils s'en remémoraient les divers épisodes depuis le départ de Libreville, les chasses intéressantes et fructueuses dans les régions du haut Oubanghi, les grands abattages d'éléphants, les dangers de ces expéditions, dont ils s'étaient si bien tirés pendant deux mois, puis le retour opéré sans encombre jusqu'au tertre des tamarins, les feux mouvants, l'apparition du formidable troupeau de pachydermes, la caravane attaquée, les porteurs en fuite, le chef Urdax écrasé après la chute de l'arbre, la poursuite des éléphants arrêtée sur la lisière de la grande forêt…