Une demi-heure s'écoula, sans amener aucun changement dans la situation. Le campement se tenait sur ses gardes. Les regards fouillaient les sombres lointains de l'est et de l'ouest. Tandis que les feux brillaient au sud, un détachement pouvait se glisser latéralement pour attaquer la caravane grâce à l'obscurité.

En cette direction, la plaine était certainement déserte. Si profonde que fût la nuit, un parti d'agresseurs n'aurait pu surprendre le Portugais et ses compagnons, avant que ceux-ci eussent fait usage de leurs armes.

Un peu après, vers onze heures, Max Huber, se portant à quelques pas du groupe que formaient Urdax, Khamis et John Cort, dit d'une voix résolue:

«Il faut aller reconnaître l'ennemi…

— Est-ce bien utile, demanda John Cort, et la simple prudence ne nous commande-t-elle pas de rester en observation jusqu'au lever du jour?…

— Attendre… attendre… répliqua Max Huber, après que notre sommeil a été si fâcheusement interrompu… attendre pendant six à sept heures encore, la main sur la garde du fusil!… Non! il faut savoir au plus tôt à quoi s'en tenir!… Et, somme toute, si ces indigènes n'ont aucune mauvaise intention, je ne serais pas fâché de me reblottir jusqu'au matin dans ce cadre de racines où je faisais de si beaux rêves!

— Qu'en pensez-vous?… demanda John Cort au Portugais qui demeurait silencieux.

— Peut-être la proposition mérite-t-elle d'être acceptée, répliqua-t-il, mais n'agissons pas sans précautions…

— Je m'offre pour aller en reconnaissance, dit Max Huber, et fiez-vous à moi…

— Je vous accompagnerai, ajouta le foreloper, si M. Urdax le trouve bon…