«Ce que je ne puis m'expliquer, ajouta Max Huber, c'est que le docteur Johausen ne se soit point inquiété de la présence d'étrangers dans sa capitale… Comment? il ne nous a point fait comparaître devant lui… et il ne semble même pas s'être aperçu, pendant la cérémonie, que nous ne ressemblions pas à ses sujets!… Oh! mais, pas du tout!…

— Je suis de votre avis, Max, répondit John Cort, et il m'est impossible de comprendre pourquoi Msélo-Tala-Tala ne nous a pas encore mandés à son palais…

— Peut-être ignore-t-il que les Wagddis ont fait des prisonniers dans cette partie de la forêt?… observa le foreloper.

— C'est possible, mais c'est au moins singulier, déclara John Cort. Il y a là quelque circonstance qui m'échappe et qu'il faudra éclaircir…

— De quelle façon?… demanda Max Huber.

— En cherchant bien, nous y parviendrons!…» répondit John Cort.

De tout ceci il résultait que le docteur Johausen, venu dans la forêt de l'Oubanghi afin de vivre parmi les singes, était entre les mains d'une race supérieure à l'anthropoïde et dont on ne soupçonnait pas l'existence. Il n'avait pas eu la peine de leur apprendre à parler, puisqu'ils parlaient; il s'était borné à leur enseigner quelques mots de la langue congolaise et de la langue allemande. Puis, en leur donnant ses soins comme docteur, sans doute, il avait dû acquérir une certaine popularité qui l'avait porté au trône!… Et, à vrai dire, John Cort n'avait-il pas déjà constaté que les habitants de Ngala jouissaient d'une santé excellente, qu'on n'y comptait pas un malade et, ainsi que cela a été dit, que pas un Wagddi n'était décédé depuis l'arrivée des étrangers à Ngala?

Ce qu'il y avait lieu d'admettre, en tout cas, c'est que, bien qu'il y eût un médecin dans ce village, — un médecin dont on avait fait un roi, — il ne semblait pas que la mortalité s'y fût accrue. Réflexion quelque peu irrévérencieuse pour la Faculté, et que se permit Max Huber.

Et, maintenant quel parti prendre?… La situation du docteur Johausen à Ngala ne devait-elle pas modifier la situation des prisonniers?… Ce souverain de race teutonne hésiterait-il à leur rendre la liberté, s'ils paraissaient devant lui et lui demandaient de les renvoyer au Congo?…

«Je ne puis le croire, dit Max Huber, et notre conduite est toute tracée… Il est très possible que notre présence ait été cachée à ce docteur-roi… J'admets même, quoique ce soit assez invraisemblable, que pendant la cérémonie il ne nous ait pas remarqués au milieu de la foule… Eh bien, raison de plus pour pénétrer dans la case royale…