Ngala était sombre, étant dépourvue de tout éclairage municipal. Les dernières lueurs des torches résineuses, disposées dans les arbres, venaient de s'éteindre. Au loin, comme au-dessous de Ngala, se propageaient des rumeurs confuses, du côté opposé à l'habitation du docteur Johausen.

John Cort, Max Huber et Khamis, prévoyant le cas où il leur serait possible de fuir ce soir même avec ou sans l'agrément de Sa Majesté, s'étaient munis de leurs carabines et toutes les cartouches de la caisse garnissaient leurs poches. En effet, s'ils étaient surpris, peut-être serait-il nécessaire de faire parler les armes à feu, — un langage que les Wagddis ne devaient pas connaître.

Tous les quatre, ils allèrent ainsi entre les cases, dont la plupart étaient vides. Lorsqu'ils furent sur la place plongée dans les ténèbres, elle était déserte.

Une seule clarté sortait de la fenêtre de la case du souverain.

«Personne», observa John Cort.

Personne effectivement, pas même devant la demeure de Msélo-Tala-
Tala.

Raggi et ses guerriers avaient abandonné leur poste, et, cette nuit-là, le souverain ne serait pas bien gardé.

Il se pouvait, cependant, qu'il y eût quelques «chambellans de service» près de Sa Majesté et qu'il fût malaisé de tromper leur surveillance.

Toutefois, Khamis et ses compagnons estimaient l'occasion trop tentante. Une heureuse chance leur avait permis d'atteindre l'habitation royale sans avoir été aperçus, et ils se disposèrent à y pénétrer.

En rampant le long des branches, Llanga put s'avancer jusqu'à la porte et il constata qu'il suffirait de la pousser pour pénétrer à l'intérieur. John Cort, Max Huber et Khamis le rejoignirent aussitôt. Pendant quelques minutes, avant d'entrer, ils prêtèrent l'oreille, prêts à battre en retraite, s'il le fallait.