Oui… le docteur Johausen était en absolue démence. À moitié déséquilibré déjà lors de son départ du Cameroun, il avait achevé de perdre la raison depuis son arrivée à Ngala. Et qui sait même si ce n'était pas cette dégénérescence mentale qui lui avait valu d'être proclamé roi des Wagddis?… Est-ce que, chez les Indiens du Far West, chez les sauvages de l'Océanie, la folie n'est pas plus honorée que la sagesse, et le fou ne passe-t-il pas, aux yeux de ces indigènes, pour un être sacré, un dépositaire de la puissance divine?…

La vérité est que le pauvre docteur était dépourvu de toute intellectualité. Et voilà pourquoi il ne se préoccupait pas de la présence des quatre étrangers au village, comment il n'avait pas reconnu en deux d'entre eux des individus de son espèce, si différente de la race wagddienne!

«Il n'y a qu'un parti à prendre, dit Khamis. Nous ne pouvons pas compter sur l'intervention de cet inconscient pour nous rendre la liberté…

— Assurément non!… affirma John Cort.

— Et ces animaux-là ne nous laisseront jamais partir…, ajouta
Max Huber. Donc, puisque l'occasion s'offre de fuir, fuyons…

— À l'instant, dit Khamis. Profitons de la nuit…

— Et de l'état où se trouve tout ce monde de demi-singes…, déclara Max Huber.

— Venez, dit Khamis en se dirigeant vers la première chambre.
Essayons de gagner l'escalier et jetons-nous à travers la forêt…

— Convenu, répliqua Max Huber, mais… le docteur…

— Le docteur?… répéta Khamis.