— Laquelle?
— C'est qu'il est inutile de se fatiguer les jambes, lorsqu'il suffit d'étendre le bras…
— Bon! mon cher John, le gouvernement fédéral réclamera, un jour ou l'autre, sa part du gâteau africain… Il y a un Congo français, un Congo belge, un Congo allemand, sans compter le Congo indépendant, et celui-ci n'attend que l'occasion de sacrifier son indépendance!… Et tout ce pays que nous venons de parcourir depuis trois mois…
— En curieux, en simples curieux, Max, non en conquérants…
— La différence n'est pas considérable, digne citoyen des États- Unis, déclara Max Huber. Je le répète, en cette partie de l'Afrique, l'Union pourrait se tailler une colonie superbe… On trouve là des territoires fertiles qui ne demandent qu'à utiliser leur fertilité, sous l'influence d'une irrigation généreuse dont la nature a fait tous les frais. Ils possèdent un réseau liquide qui ne tarit jamais…
— Même par cette abominable chaleur, observa John Cort, en épongeant son front calciné par le soleil tropical.
— Bah! n'y prenons plus garde! reprit Max Huber. Est-ce que nous ne sommes pas acclimatés, je dirai négrifiés, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, cher ami?… Nous voici en mars seulement, et parlez-moi des températures de juillet, d'août, lorsque les rayons solaires vous percent la peau comme des vrilles de feu!…
— N'importe, Max, nous aurons quelque peine à devenir Pahouins ou Zanzibarites, avec notre léger épiderme de Français et d'Américain! J'en conviens, cependant, nous allons achever une belle et intéressante campagne que la bonne fortune a favorisée… Mais il me tarde d'être de retour à Libreville, de retrouver dans nos factoreries un peu de cette tranquillité, de ce repos qui est bien dû à des voyageurs après les trois mois d'un tel voyage…
— D'accord, ami John, cette aventureuse expédition a présenté quelque intérêt. Pourtant, l'avouerai-je, elle ne m'a pas donné tout ce que j'en attendais…
— Comment, Max, plusieurs centaines de milles à travers un pays inconnu, pas mal de dangers affrontés au milieu de tribus peu accueillantes, des coups de feu échangés à l'occasion contre des coups de sagaies et des volées de flèches, des chasses que le lion numide et la panthère libyenne ont daigné honorer de leur présence, des hécatombes d'éléphants faites au profit de notre chef Urdax, une récolte d'ivoire de premier choix qui suffirait à fournir de touches les pianos du monde entier!… Et vous ne vous déclarez pas satisfait…