«Hardi… hardi!…» criait Khamis.

S'il n'y avait plus qu'une centaine de pas à franchir, les éléphants n'étaient que de quarante en arrière…

Par un suprême effort — celui de l'instinct de la conservation — Khamis, Max Huber, John Cort se jetèrent entre les premiers arbres, et, à demi inanimés, tombèrent sur le sol.

En vain la harde voulut franchir la lisière. Les arbres étaient si pressés qu'elle ne put se frayer passage, et ils étaient de telle dimension qu'elle ne parvint pas à les renverser. En vain les trompes se glissèrent à travers les interstices, en vain les derniers rangs poussèrent les premiers…

Les fugitifs n'avaient plus rien à craindre des éléphants, auxquels la grande forêt de l'Oubanghi opposait un insurmontable obstacle.

CHAPITRE IV Parti à prendre, parti pris

Il était près de minuit. Restaient six heures à passer en complète obscurité. Six longues heures de craintes et de dangers!… Que Khamis et ses compagnons fussent à l'abri derrière l'infranchissable barrière des arbres, cela semblait acquis. Mais si la sécurité était assurée de ce chef, un autre danger menaçait. Au milieu de la nuit, est-ce que des feux multiples ne s'étaient pas montrés sur la lisière?… Est-ce que les hautes ramures ne s'étaient pas illuminées d'inexplicables lueurs?… Pouvait-on douter qu'un parti d'indigènes ne fût campé en cet endroit?… N'y avait-il pas à craindre une agression contre laquelle aucune défense ne serait possible?…

«Veillons, dit le foreloper, dès qu'il eut repris haleine après cette époumonante course, et lorsque le Français et l'Américain furent en état de lui répondre.

— Veillons, répéta John Cort, et soyons prêts à repousser une attaque!… Les nomades ne sauraient être éloignés… C'est sur cette partie de la lisière qu'ils ont fait halte, et voici les restes d'un foyer, d'où s'échappent encore quelques étincelles…»

En effet, à cinq ou six pas, au pied d'un arbre, des charbons brûlaient en jetant une clarté rougeâtre.