«Va te coucher près de lui, Llanga, dit John Cort. Khamis et moi, nous veillerons jusqu'au matin.

— J'y suffirai, monsieur John, répondit le foreloper. C'est dans mes habitudes, et je vous conseille d'imiter votre ami.»

On pouvait s'en rapporter à Khamis. Il ne se relâcherait pas une minute de sa surveillance.

Llanga alla se blottir près de Max Huber. John Cort, lui, voulut résister. Pendant un quart d'heure encore, il s'entretint avec le foreloper. Tous deux parlèrent de l'infortuné Portugais, auquel Khamis était attaché depuis longtemps, et dont ses compagnons avaient apprécié les qualités au cours de cette campagne:

«Le malheureux, répétait Khamis, a perdu la tête en se voyant abandonné par ces lâches porteurs, dépouillé, volé…

— Pauvre homme!» murmura John Cort.

Ce furent les deux derniers mots qu'il prononça. Vaincu par la fatigue, il s'allongea sur l'herbe et s'endormit aussitôt.

Seul, l'oeil aux aguets, prêtant l'oreille, épiant les moindres bruits, sa carabine à portée de la main, fouillant du regard l'ombre épaisse, se relevant parfois afin de mieux sonder les profondeurs du sous-bois au ras du sol, prêt enfin à réveiller ses compagnons, s'il y avait lieu de se défendre, Khamis veilla jusqu'aux premières lueurs du jour.

À quelques traits, le lecteur a déjà pu constater la différence de caractère qui existait entre les deux amis français et américain.

John Cort était d'un esprit très sérieux et très pratique, qualités habituelles aux hommes de la Nouvelle-Angleterre. Né à Boston, et bien qu'il fût Yankee par son origine, il ne se révélait que par les bons côtés du Yankee. Très curieux des questions de géographie et d'anthropologie, l'étude des races humaines l'intéressait au plus haut degré. À ces mérites, il joignait un grand courage et eût poussé le dévouement à ses amis jusqu'au dernier sacrifice.