Et le foreloper allait se glisser au niveau de la crique, lorsqu'il fut arrêté par un cri de Llanga.
L'enfant, qui s'était éloigné d'une cinquantaine de pas en aval, accourait, agitant un objet qu'il tenait à la main.
Un instant après il remettait à John Cort ledit objet. C'était un cadenas de fer, rongé par la rouille, dépourvu de sa clef, et dont le mécanisme, d'ailleurs, eût été hors d'état de fonctionner.
«Décidément, dit Max Huber, il ne s'agit pas des nomades congolais ou autres, auxquels les mystères de la serrurerie moderne sont inconnus!… Ce sont des blancs que ce radeau a transportés jusqu'à ce coude de la rivière…
— Et qui, s'en étant éloignés, n'y sont jamais revenus!» ajouta
John Cort.
Juste conséquence à tirer de l'incident. L'état d'oxydation du cadenas, le délabrement du radeau, démontraient que plusieurs années s'étaient écoulées depuis que l'un avait été perdu et l'autre abandonné au bord de cette crique.
Deux déductions ressortaient donc de ce double fait logique et indiscutable. Aussi, lorsqu'elles furent présentées par John Cort, Max Huber et Khamis n'hésitèrent pas à les accepter:
1° Des explorateurs ou des voyageurs non indigènes avaient atteint cette clairière, après s'être embarqués soit au-dessus, soit au- dessous de la lisière de la grande forêt;
2° Lesdits explorateurs ou voyageurs, pour une raison ou pour une autre, avaient laissé là leur radeau, afin d'aller reconnaître cette portion de la forêt située sur la rive droite.
Dans tous les cas, aucun d'eux n'avait jamais reparu. Ni John Cort ni Max Huber ne se souvenaient qu'il eût été question, depuis qu'ils habitaient le Congo, d'une exploration de ce genre.