« Heureusement que ces animaux-là tirent comme des conscrits ! cria Octave à son compagnon, séparé de lui par une trentaine de pas.
-- Chut ! répondit Marcel des yeux autant que des lèvres. Vois-tu la fumée qui sort de cette fenêtre, au rez-de-chaussée ?... C'est là qu'ils sont embusqués, les bandits !... Mais je veux leur jouer un tour de ma façon ! »
En un clin d'oeil, Marcel eut coupé derrière le buisson un échalas de longueur raisonnable ; puis, se débarrassant de sa vareuse, il la jeta sur ce bâton, qu'il surmonta de son chapeau, et il fabriqua ainsi un mannequin présentable. Il le planta alors à la place qu'il occupait, de manière à laisser visibles le chapeau et les deux manches, et, se glissant vers Octave, il lui siffla dans l'oreille :
« Amuse-les par ici en tirant sur la fenêtre, tantôt de ta place, tantôt de la mienne ! Moi, je vais les prendre à revers ! »
Et Marcel, laissant Octave tirailler, se coula discrètement dans les massifs qui faisaient le tour du rond-point.
Un quart d'heure se passa, pendant lequel une vingtaine de balles furent échangées sans résultat.
La veste de Marcel et son chapeau étaient littéralement criblés ; mais, personnellement, il ne s'en trouvait pas plus mal. Quant aux persiennes du rez-de-chaussée, la carabine d'Octave les avait mises en miettes.
Tout à coup, le feu cessa, et Octave entendit distinctement ce cri étouffé :
« A moi !... Je le tiens !... »
Quitter son abri, s'élancer à découvert dans le rond-point, monter à l'assaut de la fenêtre, ce fut pour Octave l'affaire d'une demi-minute. Un instant après, il tombait dans le salon.