Celui-ci prit la feuille munie de tous ses visas, la vérifia, et, reportant ses yeux sur le jeune ouvrier :
« Embauché comme puddleur ?... demanda-t-il. Vous paraissez bien jeune ?
-- L'âge ne fait rien, répondit l'autre. J'ai bientôt vingt-six ans, et j'ai déjà puddlé pendant sept mois... Si cela vous intéresse, je puis vous montrer les certificats sur la présentation desquels j'ai été engagé à New York par le chef du personnel. »
Le jeune homme parlait l'allemand non sans facilité, mais avec un léger accent qui sembla éveiller les défiances du contremaître.
« Est-ce que vous êtes alsacien ? lui demanda celui-ci.
-Non, je suis suisse... de Schaffouse. Tenez, voici tous mes papiers qui sont en règle. »
Il tira d'un portefeuille de cuir et montra au contremaître un passeport, un livret, des certificats.
« C'est bon. Après tout, vous êtes embauché et je n'ai plus qu'à vous désigner votre place », reprit Seligmann, rassuré par ce déploiement de documents officiels.
Il écrivit sur un registre le nom de Johann Schwartz, qu'il copia sur la feuille d'engagement, remit au jeune homme une carte bleue à son nom portant le numéro 57938, et ajouta :
« Vous devez être à la porte K tous les matins à sept heures, présenter cette carte qui vous aura permis de franchir l'enceinte extérieure, prendre au râtelier de la loge un jeton de présence à votre numéro matricule et me le montrer en arrivant. A sept heures du soir, en sortant, vous le jetez dans un tronc placé à la porte de l'atelier et qui n'est ouvert qu'à cet instant.