Les deux examinateurs lui posèrent alors successivement des questions sur la chimie, sur la géométrie et sur l'algèbre. Le jeune ouvrier les satisfit en tous points par la clarté et la précision de ses réponses. Les figures qu'il traçait à la craie sur le tableau étaient nettes, aisées, élégantes. Ses équations s'alignaient menues et serrées, en rangs égaux comme les lignes d'un régiment d'élite. Une de ses démonstrations même fut si remarquable et si nouvelle pour ses juges, qu'ils lui en exprimèrent leur étonnement en lui demandant où il l'avait apprise.

« A Schaffouse, mon pays, à l'école primaire.

-- Vous paraissez bon dessinateur ?

-- C'était ma meilleure partie.

-- L'éducation qui se donne en Suisse est décidément bien remarquable ! dit l'un des examinateurs à l'autre... Nous allons vous laisser deux heures pour exécuter ce dessin, reprit-il, en remettant au candidat une coupe de machine à vapeur, assez compliquée. Si vous vous en acquittez bien, vous serez admis avec la mention : Parfaitement satisfaisant et hors ligne... »

Marcel, resté seul, se mit à l'ouvrage avec ardeur.

Quand ses juges rentrèrent, à l'expiration du délai de rigueur, ils furent si émerveillés de son épure, qu'ils ajoutèrent à la mention promise : Nous n'avons pas un autre dessinateur de talent égal.

Le jeune ouvrier fut alors ressaisi par les acolytes gris, et, avec le même cérémonial, c'est-à-dire les yeux bandés, conduit au bureau du directeur général.

« Vous êtes présenté pour l'un des ateliers de dessin à la division des modèles, lui dit ce personnage. Etes-vous disposé à vous soumettre aux conditions du règlement ?

-- Je ne les connais pas, dit Marcel, mais je présume qu'elles sont acceptables.