Il fallut bien, cependant, se rendre aux témoignages d'un journal tout dévoué à l'oeuvre du docteur et aviser sans retard. Ce premier moment d'abattement passé, le docteur Sarrasin, redevenu maître de lui-même, s'adressa à ses amis :

« Messieurs, leur dit-il, vous êtes membres du Conseil civique, et il vous appartient comme à moi de prendre toutes les mesures nécessaires pour le salut de la ville. Qu'avons nous à faire tout d'abord ?

-- Y a-t-il possibilité d'arrangement ? dit M. Lentz. Peut-on honorablement éviter la guerre ?

-- C'est impossible, répliqua Octave. Il est évident que Herr Schultze la veut à tout prix. Sa haine ne transigera pas !

-- Soit ! s'écria le docteur. On s'arrangera pour être en mesure de lui répondre. Pensez-vous, colonel, qu'il y ait un moyen de résister aux canons de Stahlstadt ?

-- Toute force humaine peut être efficacement combattue par une autre force humaine, répondit le colonel Hendon, mais il ne faut pas songer à nous défendre par les mêmes moyens et les mêmes armes dont Herr Schultze se servira pour nous attaquer. La construction d'engins de guerre capables de lutter avec les siens exigerait un temps très long, et je ne sais, d'ailleurs, si nous réussirions à les fabriquer, puisque les ateliers spéciaux nous manquent. Nous n'avons donc qu'une chance de salut : empêcher l'ennemi d'arriver jusqu'à nous, et rendre l'investissement impossible.

-- Je vais immédiatement convoquer le Conseil », dit le docteur Sarrasin.

Le docteur précéda ses hôtes dans son cabinet de travail.

C'était une pièce simplement meublée, dont trois côtés étaient couverts par des rayons chargés de livres, tandis que le quatrième présentait, au-dessous de quelques tableaux et d'objets d'art, une rangée de pavillons numérotés, pareils à des cornets acoustiques.

« Grâce au téléphone, dit-il, nous pouvons tenir conseil à France-Ville en restant chacun chez soi. »