—C’est ce que nous allons savoir, dit Glenarvan.
—Eh bien, Tom?
—Voilà, répondit le second, en montrant un objet informe qu’il venait de retirer, non sans peine, de l’estomac du requin.
—Bon, dit Glenarvan, faites laver cette vilaine chose, et qu’on la porte dans la dunette.»
Tom obéit, et cette bouteille, trouvée dans des circonstances si singulières, fut déposée sur la table du carré, autour de laquelle prirent place lord Glenarvan, le major Mac Nabbs, le capitaine John Mangles et lady Helena, car une femme est, dit-on, toujours un peu curieuse.
Tout fait événement en mer. Il y eut un moment de silence. Chacun interrogeait du regard cette épave fragile. Y avait-il là le secret de tout un désastre, ou seulement un message insignifiant confié au gré des flots par quelque navigateur désœuvré?
Cependant, il fallait savoir à quoi s’en tenir, et Glenarvan procéda sans plus attendre à l’examen de la bouteille; il prit, d’ailleurs, toutes les précautions voulues en pareilles circonstances; on eût dit un coroner relevant les particularités d’une affaire grave; et Glenarvan avait raison, car l’indice le plus insignifiant en apparence peut mettre souvent sur la voie d’une importante découverte.
Avant d’être visitée intérieurement, la bouteille fut examinée à l’extérieur. Elle avait un col effilé, dont le goulot vigoureux portait encore un bout de fil de fer entamé par la rouille; ses parois, très épaisses et capables de supporter une pression de plusieurs atmosphères, trahissaient une origine évidemment champenoise. Avec ces bouteilles-là, les vignerons d’Aï ou d’Épernay cassent des bâtons de chaise, sans qu’elles aient trace de fêlure. Celle-ci avait donc pu supporter impunément les hasards d’une longue pérégrination.
«Une bouteille de la maison Cliquot», dit simplement le major.
Et, comme il devait s’y connaître, son affirmation fut acceptée sans conteste.