«Mon cher major, répondit Helena, peu importe ce qu’est cette bouteille, si nous ne savons pas d’où elle vient.

—Nous le saurons, ma chère Helena, dit lord Edward, et déjà l’on peut affirmer qu’elle vient de loin. Voyez les matières pétrifiées qui la recouvrent, ces substances minéralisées, pour ainsi dire, sous l’action des eaux de la mer! Cette épave avait déjà fait un long séjour dans l’océan avant d’aller s’engloutir dans le ventre d’un requin.

—Il m’est impossible de ne pas être de votre avis, répondit le major, et ce vase fragile, protégé par son enveloppe de pierre, a pu faire un long voyage.

—Mais d’où vient-il? demanda lady Glenarvan.

—Attendez, ma chère Helena, attendez; il faut être patient avec les bouteilles. Ou je me trompe fort, ou celle-ci va répondre elle-même à toutes nos questions.»

Et, ce disant, Glenarvan commença à gratter les dures matières qui protégeaient le goulot; bientôt le bouchon apparut, mais fort endommagé par l’eau de mer.

«Circonstance fâcheuse, dit Glenarvan, car s’il se trouve là quelque papier, il sera en fort mauvais état.

—C’est à craindre, répliqua le major.

—J’ajouterai, reprit Glenarvan, que cette bouteille mal bouchée ne pouvait tarder à couler bas, et il est heureux que ce requin l’ait avalée pour nous l’apporter à bord du Duncan.

—Sans doute, répondit John Mangles, et cependant mieux eût valu la pêcher en pleine mer, par une longitude et une latitude bien déterminées. On peut alors, en étudiant les courants atmosphériques et marins, reconnaître le chemin parcouru; mais avec un facteur comme celui-là, avec ces requins qui marchent contre vent et marée, on ne sait plus à quoi s’en tenir.