—Soixante-quinze milles? Répliqua le major d’un ton peu convaincu.

—Tout autant, affirma Paganel. Mais j’ajoute que ces conflagrations se propagent sur une grande échelle et atteignent souvent un développement considérable.

—Qui met le feu aux prairies? demanda Robert.

—Quelquefois la foudre, quand l’herbe est desséchée par les chaleurs; quelquefois aussi la main des indiens.

—Et dans quel but?

—Ils prétendent, —je ne sais jusqu’à quel point cette prétention est fondée, —qu’après un incendie des pampas les graminées y poussent mieux. Ce serait alors un moyen de revivifier le sol par l’action des cendres. Pour mon compte, je crois plutôt que ces incendies sont destinés à détruire des milliards d’ixodes, sorte d’insectes parasites qui incommodent particulièrement les troupeaux.

—Mais ce moyen énergique, dit le major, doit coûter la vie à quelques-uns des bestiaux qui errent par la plaine?

—Oui, il en brûle; mais qu’importe dans le nombre?

—Je ne réclame pas pour eux, reprit Mac Nabbs, c’est leur affaire, mais pour les voyageurs qui traversent la pampa. Ne peut-il arriver qu’ils soient surpris et enveloppés par les flammes?

—Comment donc! s’écria Paganel avec un air de satisfaction visible, cela arrive quelquefois, et, pour ma part, je ne serais pas fâché d’assister à un pareil spectacle.