—Soupons d’abord, dit Glenarvan, et dormons, s’il se peut, jusqu’à l’heure du départ.»

On soupa sans boire, ce qui parut peu rafraîchissant, et l’on dormit, faute de mieux. Paganel rêva de torrents, de cascades, de rivières, de fleuves, d’étangs, de ruisseaux, voire même de carafes pleines, en un mot, de tout ce qui contient habituellement une eau potable. Ce fut un vrai cauchemar.

Le lendemain, à six heures, les chevaux de Thalcave, de Glenarvan et de Robert Grant furent sellés; on leur fit boire la dernière ration d’eau, et ils l’avalèrent avec plus d’envie que de satisfaction, car elle était très nauséabonde. Puis les trois cavaliers se mirent en selle.

«Au revoir, dirent le major, Austin, Wilson et Mulrady.

—Et surtout, tâchez de ne pas revenir!» ajouta Paganel.

Bientôt, le patagon, Glenarvan et Robert perdirent de vue, non sans un certain serrement de cœur, le détachement confié à la sagacité du géographe.

Le «desertio de las Salinas», qu’ils traversaient alors, est une plaine argileuse, couverte d’arbustes rabougris hauts de dix pieds, de petites mimosées que les indiens appellent «curra-mammel», et de «jumes», arbustes buissonneux, riches en soude.

Çà et là, de larges plaques de sel réverbéraient les rayons solaires avec une étonnante intensité.

L’œil eût aisément confondu ces «barreros» avec des surfaces glacées par un froid violent; mais l’ardeur du soleil avait vite fait de le détromper.

Néanmoins, ce contraste d’un sol aride et brûlé avec ces nappes étincelantes donnait à ce désert une physionomie très particulière qui intéressait le regard.