Puis, se retournant vers Paganel, il lui montra le jeune Robert:
«Un brave!» dit-il.
Cependant, Glenarvan disait à Robert en l’entourant de ses bras:
«Pourquoi, mon fils, pourquoi n’as-tu pas laissé Thalcave ou moi tenter cette dernière chance de te sauver?
—Mylord, répondit l’enfant avec l’accent de la plus vive reconnaissance, n’était-ce pas à moi de me dévouer? Thalcave m’a déjà sauvé la vie! Et vous, vous allez sauver mon père.»
Chapitre XX Les plaines argentines
Après les premiers épanchements du retour, Paganel, Austin, Wilson, Mulrady, tous ceux qui étaient restés en arrière, sauf peut-être le major Mac Nabbs, s’aperçurent d’une chose, c’est qu’ils mouraient de soif. Fort heureusement, la Guamini coulait à peu de distance. On se remit donc en route, et à sept heures du matin la petite troupe arriva près de l’enceinte. À voir ses abords jonchés des cadavres des loups, il fut facile de comprendre la violence de l’attaque et la vigueur de la défense.
Bientôt les voyageurs, abondamment rafraîchis, se livrèrent à un déjeuner phénoménal dans l’enceinte de la ramada. Les filets de nandou furent déclarés excellents, et le tatou, rôti dans sa carapace, un mets délicieux.
«En manger raisonnablement, dit Paganel, ce serait de l’ingratitude envers la providence, il faut en manger trop.»
Et il en mangea trop, et ne s’en porta pas plus mal, grâce à l’eau limpide de la Guamini, qui lui parut posséder des qualités digestives d’une grande supériorité.