—Merci, votre honneur, répondit Tom Austin, les bras sont solides.
—Ton cheval, Robert?… Reprit Glenarvan, se tournant vers le jeune Grant.
—Il va, mylord! Il va! Il nage comme un poisson!
—Attention!» dit le major d’une voix forte.
Ce mot était à peine prononcé, que l’énorme mascaret arriva. Une vague monstrueuse, haute de quarante pieds, déferla sur les fugitifs avec un bruit épouvantable. Hommes et bêtes, tout disparut dans un tourbillon d’écume. Une masse liquide pesant plusieurs millions de tonnes les roula dans ses eaux furieuses. Lorsque la barre fut passée, les hommes revinrent à la surface des eaux et se comptèrent rapidement; mais les chevaux, sauf Thaouka portant son maître, avaient pour jamais disparu.
«Hardi! Hardi! répétait Glenarvan, qui soutenait Paganel d’un bras et nageait de l’autre.
—Cela va! Cela va!… Répondit le digne savant, et même, je ne suis pas fâché…»
De quoi n’était-il pas fâché? on ne le sut jamais, car le pauvre homme fut forcé d’avaler la fin de sa phrase avec une demi-pinte d’eau limoneuse. Le major s’avançait tranquillement, en tirant une coupe régulière qu’un maître nageur n’eût pas désavouée.
Les matelots se faufilaient comme deux marsouins dans leur liquide élément. Quant à Robert, accroché à la crinière de Thaouka, il se laissait emporter avec lui. Thaouka fendait les eaux avec une énergie superbe, et se maintenait instinctivement dans la ligne de l’arbre où portait le courant.
L’arbre n’était plus qu’à vingt brasses. En quelques instants, il fut atteint par la troupe entière.