—Eh bien! Vous auriez eu tort au point de vue zoologique!

—Non pas au point de vue humain, répondit le major.

—C’est révoltant! reprit Paganel, et pour mon compte, au contraire, j’aurais précisément conservé les mégathériums, les ptérodactyles, et tous les êtres antédiluviens dont nous sommes si malheureusement privés…

—Je vous dis, moi, que Noé a mal agi, repartit le major, et qu’il a mérité jusqu’à la fin des siècles la malédiction des savants!»

Les auditeurs de Paganel et du major ne pouvaient s’empêcher de rire en voyant les deux amis se disputer sur le dos du vieux Noé. Le major, contrairement à tous ses principes, lui qui de sa vie n’avait discuté avec personne, était chaque jour aux prises avec Paganel. Il faut croire que le savant l’excitait particulièrement. Glenarvan, suivant son habitude, intervint dans le débat et dit:

«Qu’il soit regrettable ou non, au point de vue scientifique comme au point de vue humain, d’être privé d’animaux féroces, il faut nous résigner aujourd’hui à leur absence. Paganel ne pouvait espérer en rencontrer dans cette forêt aérienne.

—Pourquoi pas? répondit le savant.

—Des bêtes fauves sur un arbre? dit Tom Austin.

—Eh! Sans doute! Le tigre d’Amérique, le jaguar, lorsqu’il est trop vivement pressé par les chasseurs, se réfugie sur les arbres! Un de ces animaux, surpris par l’inondation, aurait parfaitement pu chercher asile entre les branches de l’ombu.

—Enfin, vous n’en avez pas rencontré, je suppose? dit le major.