—Non, répondit Paganel, bien que nous ayons battu tout le bois. C’est fâcheux, car ç’eût été là une chasse superbe. Un féroce carnassier que ce jaguar! D’un seul coup de patte, il tord le cou à un cheval! Quand il a goûté de la chair humaine, il y revient avec sensualité. Ce qu’il aime le mieux, c’est l’indien, puis le nègre, puis le mulâtre, puis le blanc.

—Enchanté de ne venir qu’au quatrième rang! répondit Mac Nabbs.

—Bon! Cela prouve tout simplement que vous êtes fade! riposta
Paganel d’un air de dédain!

—Enchanté d’être fade! riposta le major.

—Eh bien, c’est humiliant! répondit l’intraitable Paganel. Le blanc se proclame le premier des hommes! Il paraît que ce n’est pas l’avis de messieurs les jaguars!

—Quoi qu’il en soit, mon brave Paganel, dit Glenarvan, attendu qu’il n’y a parmi nous ni indiens, ni nègres, ni mulâtres, je me réjouis de l’absence de vos chers jaguars. Notre situation n’est pas tellement agréable…

—Comment! Agréable, s’écria Paganel, en sautant sur ce mot qui pouvait donner un nouveau cours à la conversation, vous vous plaignez de votre sort, Glenarvan?

—Sans doute, répondit Glenarvan. Est-ce que vous êtes à votre aise dans ces branches incommodes et peu capitonnées?

—Je n’ai jamais été mieux, même dans mon cabinet. Nous menons la vie des oiseaux, nous chantons, nous voltigeons! Je commence à croire que les hommes sont destinés à vivre sur les arbres.

—Il ne leur manque que des ailes! dit le major.