Longtemps, la silhouette immobile de Thalcave apparut à travers l’écume des vagues. Puis sa grande taille s’amoindrit, et il disparut aux yeux de ses amis d’un jour. Une heure après, Robert s’élançait le premier à bord du Duncan et se jetait au cou de Mary Grant, pendant que l’équipage du yacht remplissait l’air de ses joyeux hurrahs.

Ainsi s’était accomplie cette traversée de l’Amérique du sud suivant une ligne rigoureusement droite. Ni montagnes, ni fleuves ne firent dévier les voyageurs de leur imperturbable route, et, s’ils n’eurent pas à combattre le mauvais vouloir des hommes, les éléments, souvent déchaînés contre eux, soumirent à de rudes épreuves leur généreuse intrépidité.

DEUXIÈME PARTIE

Chapitre I Le retour à bord

Les premiers instants furent consacrés au bonheur de se revoir. Lord Glenarvan n’avait pas voulu que l’insuccès des recherches refroidît la joie dans le cœur de ses amis. Aussi ses premières paroles furent-elles celles-ci: «Confiance, mes amis, confiance! Le capitaine Grant n’est pas avec nous, mais nous avons la certitude de le retrouver.»

Il ne fallait rien de moins qu’une telle assurance pour rendre l’espoir aux passagères du Duncan.

En effet, lady Helena et Mary Grant, pendant que l’embarcation ralliait le yacht, avaient éprouvé les mille angoisses de l’attente. Du haut de la dunette, elles essayaient de compter ceux qui revenaient à bord.

Tantôt la jeune fille se désespérait; tantôt, au contraire, elle s’imaginait voir Harry Grant. Son cœur palpitait; elle ne pouvait parler, elle se soutenait à peine. Lady Helena l’entourait de ses bras. John Mangles, en observation près d’elle, se taisait; ses yeux de marin, si habitués à distinguer les objets éloignés, ne voyaient pas le capitaine.

«Il est là! Il vient! Mon père!» murmurait la jeune fille. Mais, la chaloupe se rapprochant peu à peu, l’illusion devint impossible. Les voyageurs n’étaient pas à cent brasses du bord, que non seulement lady Helena et John Mangles, mais Mary elle-même, les yeux baignés de larmes, avaient perdu tout espoir. Il était temps que lord Glenarvan arrivât et fît entendre ses rassurantes paroles.

Après les premiers embrassements, lady Helena, Mary Grant et John Mangles furent instruits des principaux incidents de l’expédition, et, avant tout, Glenarvan leur fit connaître cette nouvelle interprétation du document due à la sagacité de Jacques Paganel. Il fit aussi l’éloge de Robert, dont Mary devait être fière à bon droit. Son courage, son dévouement, les dangers qu’il avait courus, tout fut mis en relief par Glenarvan, au point que le jeune garçon n’aurait su où se cacher, si les bras de sa sœur ne lui eussent offert un refuge.