—Je n’ai pas voulu vous blesser, mon ami, dit le savant avec un sourire. Mais, depuis un mois, tel était notre ordinaire, et nous dînions, non pas assis à table, mais étendus sur le sol, à moins que nous ne fussions à califourchon sur des arbres. Ce déjeuner que vous venez d’annoncer a donc pu me paraître un rêve, une fiction, une chimère!
—Eh bien, allons constater sa réalité, monsieur Paganel, répondit lady Helena, qui ne se retenait pas de rire.
—Voici mon bras, dit le galant géographe.
—Votre honneur n’a pas d’ordres à me donner pour le Duncan? demanda John Mangles.
—Après déjeuner, mon cher John, répondit Glenarvan, nous discuterons en famille le programme de notre nouvelle expédition.»
Les passagers du yacht et le jeune capitaine descendirent dans le carré. Ordre fut donné à l’ingénieur de se maintenir en pression, afin de partir au premier signal.
Le major, rasé de frais, et les voyageurs, après une rapide toilette, prirent place à la table.
On fit fête au déjeuner de Mr Olbinett. Il fut déclaré excellent, et même supérieur aux splendides festins de la pampa, Paganel revint deux fois à chacun des plats, «par distraction», dit-il.
Ce mot malencontreux amena lady Glenarvan à demander si l’aimable français était quelquefois retombé dans son péché habituel. Le major et lord Glenarvan se regardèrent en souriant. Quant à Paganel, il éclata de rire, franchement, et s’engagea «sur l’honneur» à ne plus commettre une seule distraction pendant tout le voyage; puis il fit d’une très plaisante façon le récit de sa déconvenue et de ses profondes études sur l’œuvre de Camoëns.
«Après tout, ajouta-t-il en terminant, à quelque chose malheur est bon, et je ne regrette pas mon erreur.