Le major le félicitait aussi de ces visites mythologiques.

«Mais surtout, ajoutait-il, pas de distractions, mon cher Paganel, et si, par hasard, il vous prend fantaisie d’apprendre l’australien, n’allez pas l’étudier dans une grammaire chinoise!»

Les choses allaient donc parfaitement à bord. Lord et lady Glenarvan observaient avec intérêt John Mangles et Mary Grant. Ils n’y trouvaient rien à redire, et, décidément, puisque John ne parlait point, mieux valait n’y pas prendre garde.

«Que pensera le capitaine Grant? dit un jour Glenarvan à lady
Helena.

—Il pensera que John est digne de Mary, mon cher Edward, et il ne se trompera pas.»

Cependant, le yacht marchait rapidement vers son but. Cinq jours après avoir perdu de vue le cap Corrientes, le 16 novembre, de belles brises d’ouest se firent sentir, celles-là mêmes dont s’accommodent fort les navires qui doublent la pointe africaine contre les vents réguliers du sud-est. Le Duncan se couvrit de toiles, et sous sa misaine, sa brigantine, son hunier, son perroquet, ses bonnettes, ses voiles de flèche et d’étais, il courut bâbord amures avec une audacieuse rapidité. C’est à peine si son hélice mordait sur les eaux fuyantes que coupait son étrave, et il semblait qu’il luttait alors avec les yachts de course du royal-thames-club.

Le lendemain, l’océan se montra couvert d’immenses goémons, semblable à un vaste étang obstrué par les herbes. On eût dit une de ces mers de sargasses formées de tous les débris d’arbres et de plantes arrachés aux continents voisins. Le commandant Maury les a spécialement signalées à l’attention des navigateurs. Le Duncan paraissait glisser sur une longue prairie que Paganel compara justement aux pampas, et sa marche fut un peu retardée.

Vingt-quatre heures après, au lever du jour, la voix du matelot de vigie se fit entendre.

«Terre! Cria-t-il.

—Dans quelle direction? demanda Tom Austin, qui était de quart.