—Sous le vent à nous», répondit le matelot.

À ce cri toujours émotionnant, le pont du yacht se peupla subitement. Bientôt une longue-vue sortit de la dunette et fut immédiatement suivie de Jacques Paganel. Le savant braqua son instrument dans la direction indiquée, et ne vit rien qui ressemblât à une terre.

«Regardez dans les nuages, lui dit John Mangles.

—En effet, répondit Paganel, on dirait une sorte de pic presque imperceptible encore.

—C’est Tristan d’Acunha, reprit John Mangles.

—Alors, si j’ai bonne mémoire, répliqua le savant, nous devons en être à quatre-vingts milles, car le pic de Tristan, haut de sept mille pieds, est visible à cette distance.

—Précisément», répondit le capitaine John.

Quelques heures plus tard, le groupe d’îles très hautes et très escarpées fut parfaitement visible à l’horizon. Le piton conique de Tristan se détachait en noir sur le fond resplendissant du ciel, tout bariolé des rayons du soleil levant. Bientôt l’île principale se dégagea de la masse rocheuse, au sommet d’un triangle incliné vers le nord-est.

Tristan d’Acunha est située par 37° 8’ de latitude australe, et 10° 44’ de longitude à l’ouest du méridien de Greenwich. À dix-huit milles au sud-ouest, l’île Inaccessible, et à dix milles au sud-est, l’île du Rossignol, complètent ce petit groupe isolé dans cette partie de l’Atlantique.

Vers midi, on releva les deux principaux amers qui servent aux marins de point de reconnaissance, savoir, à un angle de l’île Inaccessible, une roche qui figure fort exactement un bateau sous voile, et, à la pointe nord de l’île du Rossignol, deux îlots semblables à un fortin en ruine. À trois heures, le Duncan donnait dans la baie Falmouth de Tristan d’Acunha, que la pointe de Help ou de Bon-Secours abrite contre les vents d’ouest.