Paganel soutint avec enthousiasme que c’était là cette fameuse Ogygie chantée par Fénelon. Il proposa à lady Glenarvan de chercher une grotte, de succéder à l’aimable Calypso, et ne demanda d’autre emploi pour lui-même que d’être «une des nymphes qui la servaient.»
Ce fut ainsi que, causant et admirant, les promeneurs revinrent au yacht à la nuit tombante; aux environs du village paissaient des troupeaux de bœufs et de moutons; les champs de blé, de maïs, et de plantes potagères importées depuis quarante ans, étalaient leurs richesses jusque dans les rues de la capitale.
Au moment où lord Glenarvan rentrait à son bord, les embarcations du Duncan ralliaient le yacht.
Elles avaient fait en quelques heures le tour de l’île. Aucune trace du Britannia ne s’était rencontrée sur leur parcours. Ce voyage de circumnavigation ne produisit donc d’autre résultat que de faire rayer définitivement l’île Tristan du programme des recherches.
Le Duncan pouvait, dès lors, quitter ce groupe d’îles africaines et continuer sa route à l’est.
S’il ne partit pas le soir même, c’est que Glenarvan autorisa son équipage à faire la chasse aux phoques innombrables, qui, sous le nom de veaux, de lions, d’ours et d’éléphants marins, encombrent les rivages de la baie Falmouth. Autrefois, les baleines franches se plaisaient dans les eaux de l’île; mais tant de pêcheurs les avaient poursuivies et harponnées, qu’il en restait à peine.
Les amphibies, au contraire, s’y rencontraient par troupeaux. L’équipage du yacht résolut d’employer la nuit à les chasser, et le jour suivant à faire une ample provision d’huile.
Aussi le départ du Duncan fut-il remis au surlendemain 20 novembre.
Pendant le souper, Paganel donna quelques détails sur les îles Tristan qui intéressèrent ses auditeurs. Ils apprirent que ce groupe, découvert en 1506 par le portugais Tristan d’Acunha, un des compagnons d’Albuquerque, demeura inexploré pendant plus d’un siècle. Ces îles passaient, non sans raison, pour des nids à tempêtes, et n’avaient pas meilleure réputation que les Bermudes. Donc, on ne les approchait guère, et jamais navire n’y atterrissait, qui n’y fût jeté malgré lui par les ouragans de l’Atlantique.
En 1697, trois bâtiments hollandais de la compagnie des Indes y relâchèrent, et en déterminèrent les coordonnées, laissant au grand astronome Halley le soin de revoir leurs calculs en l’an 1700. De 1712 à 1767, quelques navigateurs français en eurent connaissance, et principalement La Pérouse, que ses instructions y conduisirent pendant son célèbre voyage de 1785.