Ces îles, si peu visitées jusqu’alors, étaient demeurées désertes, quand, en 1811, un américain, Jonathan Lambert, entreprit de les coloniser. Lui et deux compagnons y abordèrent au mois de janvier, et firent courageusement leur métier de colons. Le gouverneur anglais du cap de Bonne-Espérance, ayant appris qu’ils prospéraient, leur offrit le protectorat de l’Angleterre. Jonathan accepta, et hissa sur sa cabane le pavillon britannique. Il semblait devoir régner paisiblement sur «ses peuples», composés d’un vieil italien et d’un mulâtre portugais, quand, un jour, dans une reconnaissance des rivages de son empire, il se noya ou fut noyé, on ne sait trop. 1816 arriva. Napoléon fut emprisonné à Sainte-Hélène, et, pour le mieux garder, l’Angleterre établit une garnison à l’île de l’Ascension, et une autre à Tristan d’Acunha.
La garnison de Tristan consistait en une compagnie d’artillerie du Cap et un détachement de hottentots. Elle y resta jusqu’en 1821, et, à la mort du prisonnier de Sainte-Hélène, elle fut rapatriée au Cap.
«Un seul européen, ajouta Paganel, un caporal, un écossais…
—Ah! Un écossais! dit le major, que ses compatriotes intéressaient toujours plus spécialement.
—Il se nommait William Glass, répondit Paganel, et resta dans l’île avec sa femme et deux hottentots. Bientôt, deux anglais, un matelot et un pêcheur de la Tamise, ex-dragon dans l’armée argentine, se joignirent à l’écossais, et enfin en 1821, un des naufragés du Blendon-Hall, accompagné de sa jeune femme, trouva refuge dans l’île Tristan. Ainsi donc, en 1821, l’île comptait six hommes et deux femmes. En 1829, elle eut jusqu’à sept hommes, six femmes et quatorze enfants.
En 1835, le chiffre s’élevait à quarante, et maintenant il est triplé.
—Ainsi commencent les nations, dit Glenarvan.
Pendant la nuit, l’équipage du Duncan fit bonne chasse, et une cinquantaine de gros phoques passèrent de vie à trépas. Après avoir autorisé la chasse, Glenarvan ne pouvait en interdire le profit. La journée suivante fut donc employée à recueillir l’huile et à préparer les peaux de ces lucratifs amphibies. Les passagers employèrent naturellement ce second jour de relâche à faire une nouvelle excursion dans l’île. Glenarvan et le major emportèrent leur fusil pour tâter le gibier acunhien.
Pendant cette promenade, on poussa jusqu’au pied de la montagne, sur un sol semé de débris décomposés, de scories, de laves poreuses et noires, et de tous les détritus volcaniques. Le pied du mont sortait d’un chaos de roches branlantes. Il était difficile de se méprendre sur la nature de l’énorme cône, et le capitaine anglais Carmichaël avait eu raison de le reconnaître pour un volcan éteint.
Les chasseurs aperçurent quelques sangliers. L’un d’eux tomba frappé sous la balle du major. Glenarvan se contenta d’abattre plusieurs couples de perdrix noires dont le cuisinier du bord devait faire un excellent salmis. Une grande quantité de chèvres furent entrevues au sommet des plateaux élevés.