John devait donc en revenir à ses voiles, et chercher un auxiliaire dans ce vent qui s’était fait son plus dangereux ennemi.

Il remonta, et dit en deux mots la situation à lord Glenarvan; puis il le pressa de rentrer dans la dunette avec les autres passagers, Glenarvan voulut rester sur le pont.

«Non, votre honneur, répondit John Mangles d’une voix ferme, il faut que je sois seul ici avec mon équipage. Rentrez! Le navire peut s’engager et les lames vous balayeraient sans merci.

—Mais nous pouvons être utiles…

—Rentrez, rentrez, mylord, il le faut! Il y a des circonstances où je suis le maître à bord! Retirez-vous, je le veux!»

Pour que John Mangles s’exprimât avec une telle autorité, il fallait que la situation fût suprême.

Glenarvan comprit que c’était à lui de donner l’exemple de l’obéissance. Il quitta donc le pont, suivi de ses trois compagnons, et rejoignit les deux passagères, qui attendaient avec anxiété le dénoûment de cette lutte avec les éléments.

«Un homme énergique que mon brave John! dit Glenarvan, en entrant dans le carré.

—Oui, répondit Paganel, il m’a rappelé ce bosseman de votre grand Shakespeare, quand il s’écrie dans le drame de la tempête, au roi qu’il porte à son bord:

«Hors d’ici! Silence! à vos cabanes! Si vous ne pouvez imposer silence à ces éléments, taisez-vous! Hors de mon chemin, vous dis-je!»