On mangea beaucoup, mais l’on causa plus encore.
Chacun, désireux de s’instruire sur les singularités du continent australien, interrogea avidement le géographe. Paganel ne se fit pas prier, et décrivit cette province victorienne, qui fut nommée l’Australie-Heureuse.
«Fausse qualification! dit-il. On eût mieux fait de l’appeler l’Australie riche, car il en est des pays comme des individus: la richesse ne fait pas le bonheur. L’Australie, grâce à ses mines d’or, a été livrée à la bande dévastatrice et féroce des aventuriers. Vous verrez cela quand nous traverserons les terrains aurifères.
—La colonie de Victoria n’a-t-elle pas une origine assez récente? demanda lady Glenarvan.
—Oui, madame, elle ne compte encore que trente ans d’existence.
Ce fut le 6 juin 1835, un mardi…
—À sept heures un quart du soir, ajouta le major, qui aimait à chicaner Paganel sur la précision de ses dates.
—Non, à sept heures dix minutes, reprit sérieusement le géographe, que Batman et Falckner fondèrent un établissement à Port-Philippe, sur cette baie où s’étend aujourd’hui la grande ville de Melbourne. Pendant quinze ans, la colonie fit partie de la Nouvelle Galles du sud, et releva de Sydney, sa capitale. Mais, en 1851, elle fut déclarée indépendante et prit le nom de Victoria.
—Et depuis elle a prospéré? demanda Glenarvan.
—Jugez-en, mon noble ami, répondit Paganel. Voici les chiffres fournis par la dernière statistique, et, quoi qu’en pense Mac Nabbs, je ne sais rien de plus éloquent que les chiffres.
—Allez, dit le major.