«Ces quatre hommes partirent. Après la pénible traversée d’un désert pierreux, ils arrivèrent sur la rivière d’Eyre, au point extrême atteint par Sturt, en 1845, et, remontant le cent quarantième méridien aussi exactement que possible, ils pointèrent vers le nord.
«Le 7 janvier, ils passèrent le tropique sous un soleil de feu, trompés par des mirages décevants, souvent privés d’eau, quelquefois rafraîchis par de grands orages, trouvant çà et là quelques indigènes errants dont ils n’eurent point à se plaindre; en somme, peu gênés par les difficultés d’une route que ne barraient ni lacs, ni fleuves, ni montagnes.
«Le 12 janvier, quelques collines de grès apparurent vers le nord, entre autres le mont Forbes, et une succession de chaînes granitiques, qu’on appelle des «ranges.» Là, les fatigues furent grandes. On avançait à peine. Les animaux refusaient de se porter en avant: «toujours dans les ranges! Les chameaux suent de crainte!» écrit Burke sur son carnet de voyage. Néanmoins, à force d’énergie, les explorateurs arrivent sur les bords de la rivière Turner, puis au cours supérieur du fleuve Flinders, vu par Stokes en 1841, qui va se jeter dans le golfe de Carpentarie, entre des rideaux de palmiers et d’eucalyptus.
«Les approches de l’océan se manifestèrent par une suite de terrains marécageux. Un des chameaux y périt. Les autres refusèrent d’aller au delà. King et Gray durent rester avec eux. Burke et Wills continuèrent de marcher au nord, et, après de grandes difficultés fort obscurément relatées dans leurs notes, ils arrivèrent à un point où le flux de la mer couvrait les marécages, mais ils ne virent point l’océan. C’était le 11 février 1861.
—Ainsi, dit lady Glenarvan, ces hommes hardis ne purent aller au delà?
—Non, madame, répondit Paganel. Le sol des marais fuyait sous leurs pieds, et ils durent songer à rejoindre leurs compagnons du fort Wills. Triste retour, je vous jure! Ce fut en se traînant, faibles et épuisés, que Burke et son camarade retrouvèrent Gray et King. Puis l’expédition, descendant au sud par la route déjà suivie, se dirigea vers le Cooper’s-creek.
«Les péripéties, les dangers, les souffrances de ce voyage, nous ne les connaissons pas exactement, car les notes manquent au carnet des explorateurs. Mais cela a dû être terrible.
«En effet, au mois d’avril, arrivés dans la vallée de Cooper, ils n’étaient plus que trois. Gray venait de succomber à la peine. Quatre chameaux avaient péri. Cependant, si Burke parvient à gagner le fort Wills, où l’attend Brahe avec son dépôt de provisions, ses compagnons et lui sont sauvés. Ils redoublent d’énergie; ils se traînent pendant quelques jours encore; le 21 avril, ils aperçoivent les palissades du fort, ils l’atteignent!… Ce jour-là, après cinq mois d’une vaine attente, Brahe était parti.
—Parti! s’écria le jeune Robert.
—Oui, parti! Le jour même, par une déplorable fatalité! La note laissée par Brahe n’avait pas sept heures de date! Burke ne pouvait songer à le rejoindre. Les malheureux abandonnés se refirent un peu avec les provisions du dépôt. Mais les moyens de transport leur manquaient, et cent cinquante lieues les séparaient encore du Darling.