—Certes! Ami major, répliqua le géographe. Ah! Voilà comme on enseigne la géographie à Melbourne! Ils vont bien, les professeurs de l’école normale! L’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique, l’Océanie, le monde entier, tout aux anglais! Parbleu, avec cette éducation ingénieuse, je comprends que les indigènes se soumettent! Ah çà! Toliné, et la lune, mon garçon, est-ce qu’elle est anglaise aussi?

—Elle le sera», répondit gravement le jeune sauvage.

Là-dessus, Paganel se leva. Il ne pouvait plus tenir en place. Il lui fallait rire tout à son aise, et il alla passer son accès à un quart de mille du campement.

Cependant, Glenarvan avait été chercher un livre dans la petite bibliothèque de voyage. C’était le précis de géographie de Samuel Richardson, un ouvrage estimé en Angleterre, et plus au courant de la science que les professeurs de Melbourne.

«Tiens, mon enfant, dit-il à Toliné, prends et garde ce livre. Tu as quelques idées fausses en géographie qu’il est bon de réformer. Je te le donne en souvenir de notre rencontre.»

Toliné prit le livre sans répondre; il le regarda attentivement, remuant la tête d’un air d’incrédulité, sans se décider à le mettre dans sa poche.

Cependant, la nuit était tout à fait venue. Il était dix heures du soir. Il fallait songer au repos afin de se lever de grand matin. Robert offrit à son ami Toliné la moitié de sa couchette.

Le petit indigène accepta.

Quelques instants après, lady Helena et Mary Grant regagnèrent le chariot, et les voyageurs s’étendirent sous la tente, pendant que les éclats de rire de Paganel se mêlaient encore au chant doux et bas des pies sauvages.

Mais le lendemain, quand, à six heures, un rayon de soleil réveilla les dormeurs, ils cherchèrent en vain l’enfant australien. Toliné avait disparu.