Paganel tendit la main au jeune gentleman, qui la prit d’un air fort aimable. Puis, Michel Patterson indiqua vers la droite la route à suivre. Les chevaux avaient été laissés aux soins d’Ayrton et des matelots.
Ce fut donc à pied, causant et admirant, que les voyageurs, guidés par les deux jeunes gens, se rendirent à l’habitation d’Hottam-Station.
C’était vraiment un établissement magnifique, tenu avec la sévérité rigoureuse des parcs anglais.
D’immenses prairies, encloses de barrières grises, s’étendaient à perte de vue. Là, paissaient les bœufs par milliers, et les moutons par millions. De nombreux bergers et des chiens plus nombreux encore gardaient cette tumultueuse armée. Aux beuglements et aux bêlements se mêlaient l’aboiement des dogues et le claquement strident des stockwhipps.
Vers l’est, le regard s’arrêtait sur une lisière de myalls et de gommiers, que dominait à sept mille cinq cents pieds dans les airs la cime imposante du mont Hottam.
De longues avenues d’arbres verts à feuilles persistantes rayonnaient dans toutes les directions.
Çà et là se massaient d’épais taillis de «grass-trees», arbustes hauts de dix pieds, semblables au palmier nain, et perdus dans leur chevelure de feuilles étroites et longues. L’air était embaumé du parfum des lauriers-menthes, dont les bouquets de fleurs blanches, alors en pleine floraison, dégageaient les plus fines senteurs aromatiques.
Aux groupes charmants de ces arbres indigènes se mariaient les productions transplantées des climats européens. Le pêcher, le poirier, le pommier, le figuier, l’oranger, le chêne lui-même, furent salués par les hurrahs des voyageurs, et ceux-ci, s’ils ne s’étonnèrent pas trop de marcher à l’ombre des arbres de leur pays, s’émerveillèrent, du moins, à la vue des oiseaux qui voltigeaient entre les branches, les «satin-birds» au plumage soyeux, et les séricules, vêtus mi-partie d’or et de velours noir.
Entre autres, et pour la première fois, il leur fut donné d’admirer le «menure», c’est l’oiseau-lyre, dont l’appendice caudal figure le gracieux instrument d’Orphée. Il fuyait entre les fougères arborescentes, et lorsque sa queue frappait les branches, on s’étonnait presque de ne pas entendre ces harmonieux accords dont s’inspirait Amphion pour rebâtir les murs de Thèbes. Paganel avait envie d’en jouer.
Cependant, lord Glenarvan ne se contentait pas d’admirer les féeriques merveilles de cette oasis improvisée dans le désert australien. Il écoutait le récit des jeunes gentlemen. En Angleterre, au milieu de ses campagnes civilisées, le nouvel arrivant eût tout d’abord appris à son hôte d’où il venait, où il allait. Mais ici, et par une nuance de délicatesse finement observée, Michel et Sandy Patterson crurent devoir se faire connaître des voyageurs auxquels ils offraient l’hospitalité. Ils racontèrent donc leur histoire.