Les journées du 19 et du 20 janvier se perdirent dans cette situation. Le major et Glenarvan remontèrent la Snowy pendant cinq milles sans trouver un passage guéable. Partout même impétuosité des eaux, même rapidité torrentueuse. Tout le versant méridional des Alpes australiennes versait dans cet unique lit ses masses liquides.
Il fallut renoncer à l’espoir de sauver le Duncan.
Cinq jours s’étaient écoulés depuis le départ de Ben Joyce. Le yacht devait être en ce moment à la côte et aux mains des convicts!
Cependant, il était impossible que cet état de choses se prolongeât. Les crues temporaires s’épuisent vite, et en raison même de leur violence. En effet, Paganel, dans la matinée du 21, constata que l’élévation des eaux, au-dessus de l’étiage, commençait à diminuer. Il rapporta à Glenarvan le résultat de ses observations.
«Eh! Qu’importe, maintenant? répondit Glenarvan, il est trop tard!
—Ce n’est pas une raison pour prolonger notre séjour au campement, répliqua le major.
—En effet, répondit John Mangles. Demain, peut-être, le passage sera praticable.
—Et cela sauvera-t-il mon malheureux équipage? s’écria
Glenarvan.
—Que votre honneur m’écoute, reprit John Mangles.
Je connais Tom Austin. Il a dû exécuter vos ordres et partir dès que son départ a été possible. Mais qui nous dit que le Duncan fût prêt, que ses avaries fussent réparées à l’arrivée de Ben Joyce à Melbourne? Et si le yacht n’a pu prendre la mer, s’il a subi un jour, deux jours de retard!