—Tu as raison, John! répondit Glenarvan. Il faut gagner la baie
Twofold. Nous ne sommes qu’à trente-cinq milles de Delegete!

—Oui, dit Paganel, et dans cette ville nous trouverons de rapides moyens de transport. Qui sait si nous n’arriverons pas à temps pour prévenir un malheur?

—Partons!» s’écria Glenarvan.

Aussitôt, John Mangles et Wilson s’occupèrent de construire une embarcation de grande dimension.

L’expérience avait prouvé que des morceaux d’écorce ne pourraient résister à la violence du torrent. John abattit des troncs de gommiers dont il fit un radeau grossier, mais solide. Ce travail fut long, et la journée s’écoula sans que l’appareil fût terminé. Il ne fut achevé que le lendemain.

Alors, les eaux de la Snowy avaient sensiblement baissé. Le
torrent redevenait rivière, à courant rapide, il est vrai.
Cependant, en biaisant, en le maîtrisant dans une certaine limite,
John espérait atteindre la rive opposée.

À midi et demi, on embarqua ce que chacun pouvait emporter de vivres pour un trajet de deux jours. Le reste fut abandonné avec le chariot et la tente.

Mulrady allait assez bien pour être transporté; sa convalescence marchait rapidement.

À une heure, chacun prit place sur le radeau, que son amarre retenait à la rive. John Mangles avait installé sur le tribord et confié à Wilson une sorte d’aviron pour soutenir l’appareil contre le courant et diminuer sa dérive. Quant à lui, debout à l’arrière, il comptait se diriger au moyen d’une grossière godille. Lady Helena et Mary Grant occupaient le centre du radeau, près de Mulrady; Glenarvan, le major, Paganel et Robert les entouraient, prêts à leur porter secours.

«Sommes-nous parés, Wilson? demanda John Mangles à son matelot.