—Le premier est rapporté dans les chroniques de la société des jésuites au Brésil. Un missionnaire portugais rencontra un jour une vieille brésilienne très malade. Elle n’avait plus que quelques jours à vivre. Le jésuite l’instruisit des vérités du christianisme, que la moribonde admit sans discuter. Puis, après la nourriture de l’âme, il songea à la nourriture du corps, et il offrit à sa pénitente quelques friandises européennes. «Hélas! répondit la vieille, mon estomac ne peut supporter aucune espèce d’aliments. Il n’y a qu’une seule chose dont je voudrais goûter; mais, par malheur, personne ici ne pourrait me la procurer. — Qu’est-ce donc? demanda le jésuite. —Ah! Mon fils! C’est la main d’un petit garçon! Il me semble que j’en grignoterais les petits os avec plaisir!»

—Ah çà! Mais c’est donc bon? demanda Robert.

—Ma seconde histoire va te répondre, mon garçon, reprit Paganel. Un jour, un missionnaire reprochait à un cannibale cette coutume horrible et contraire aux lois divines de manger de la chair humaine. «Et puis ce doit être mauvais! Ajouta-t-il. —Ah! mon père! répondit le sauvage en jetant un regard de convoitise sur le missionnaire, dites que Dieu le défend! Mais ne dites pas que c’est mauvais! Si seulement vous en aviez mangé!…»

Chapitre VII Où l’on accoste enfin une terre qu’il faudrait éviter

Les faits rapportés par Paganel étaient indiscutables.

La cruauté des néo-zélandais ne pouvait être mise en doute. Donc, il y avait danger à descendre à terre.

Mais eût-il été cent fois plus grand, ce danger, il fallait l’affronter. John Mangles sentait la nécessité de quitter sans retard un navire voué à une destruction prochaine. Entre deux périls, l’un certain, l’autre seulement probable, pas d’hésitation possible.

Quant à cette chance d’être recueilli par un bâtiment, on ne pouvait raisonnablement y compter. Le Macquarie n’était pas sur la route des navires qui cherchent les atterrages de la Nouvelle-Zélande.

Ils se rendent ou plus haut à Auckland, ou plus bas à New-Plymouth. Or, l’échouage avait eu lieu précisément entre ces deux points, sur la partie déserte des rivages d’Ika-Na-Maoui. Côte mauvaise, dangereuse, mal hantée. Les bâtiments n’ont d’autre souci que de l’éviter, et, si le vent les y porte, de s’en élever au plus vite.

«Quand partirons-nous? demanda Glenarvan.