Leur poursuite s’était subitement interrompue.

L’assaut de la montagne venait de cesser comme par un impérieux contre-ordre. La bande d’indigènes avait maîtrisé son élan, et s’était arrêtée comme les flots de la mer devant un roc infranchissable.

Tous ces sauvages, mis en appétit de sang, maintenant rangés au pied du mont, hurlaient, gesticulaient, agitaient des fusils et des haches, mais n’avançaient pas d’une semelle. Leurs chiens, comme eux enracinés au sol, aboyaient avec rage.

Que se passait-il donc? Quelle puissance invisible retenait les indigènes? Les fugitifs regardaient sans comprendre, craignant que le charme qui enchaînait la tribu de Kai-Koumou ne vînt à se rompre.

Soudain, John Mangles poussa un cri qui fit retourner ses compagnons. De la main, il leur montrait une petite forteresse élevée au sommet du cône.

«Le tombeau du chef Kara-Tété! s’écria Robert.

—Dis-tu vrai, Robert? demanda Glenarvan.

—Oui, mylord, c’est bien le tombeau! Je le reconnais…»

Robert ne se trompait pas. À cinquante pieds au-dessus, à la pointe extrême de la montagne, des pieux fraîchement peints formaient une petite enceinte palissadée. Glenarvan reconnut à son tour la tombe du chef zélandais. Dans les hasards de sa fuite, il avait été conduit à la cime même du Maunganamu.

Le lord suivi de ses compagnons, gravit les derniers talus du cône jusqu’au pied même du tombeau. Une large ouverture recouverte de nattes y donnait accès.