Il ne restait plus qu’à attendre la nuit pour essayer de franchir la ligne des indigènes.

Ceux-ci n’avaient pas quitté la place. Leurs rangs semblaient même s’être grossis des retardataires de la tribu.

Çà et là, des foyers allumés formaient une ceinture de feux à la base du cône. Quand les ténèbres envahirent les vallées environnantes, le Maunganamu parut sortir d’un vaste brasier, tandis que son sommet se perdait dans une ombre épaisse.

On entendait à six cents pieds plus bas l’agitation, les cris, le murmure du bivouac ennemi.

À neuf heures, par une nuit très noire, Glenarvan et John Mangles résolurent d’opérer une reconnaissance, avant d’entraîner leurs compagnons sur cette périlleuse route. Ils descendirent sans bruit, pendant dix minutes environ, et s’engagèrent sur l’étroite arête qui traversait la ligne indigène, à cinquante pieds au-dessus du campement.

Tout allait bien jusqu’alors. Les maoris, étendus près de leurs brasiers, ne semblaient pas apercevoir les deux fugitifs, qui firent encore quelques pas.

Mais soudain, à gauche et à droite de la crête, une double fusillade éclata.

«En arrière! dit Glenarvan, ces bandits ont des yeux de chat et des fusils de riflemen!»

John Mangles et lui remontèrent aussitôt les roides talus du mont, et vinrent promptement rassurer leurs amis effrayés par les détonations.

Le chapeau de Glenarvan avait été traversé de deux balles. Il était donc impossible de s’aventurer sur l’interminable crête entre ces deux rangs de tirailleurs.