— Encore un demi-mille, monsieur James ! Autrefois, nous aurions fait cette route en berline, sur les tramways à traction mécanique ! Mais que ces temps sont loin !
— Nous nous dirigeons donc vers l'extrémité du dernier filon ? demanda James Starr.
— Oui. ! Je vois que vous connaissez encore bien la mine.
— Eh ! Simon, répondit l'ingénieur, il serait difficile d'aller plus loin, si je ne me trompe ?
— En effet, monsieur James. C'est là que nos rivelaines ont arraché le dernier morceau de houille du gisement ! Je me le rappelle comme si j'y étais encore ! C'est moi qui ai donné ce dernier coup, et il a retenti dans ma poitrine plus violemment que sur la roche ! Tout n'était plus que grès ou schiste autour de nous, et, quand le wagonnet a roulé vers le puits d'extraction, je l'ai suivi, le cœur ému, comme on suit un convoi de pauvre ! Il me semblait que c'était l'âme de la mine qui s'en allait avec lui ! »
La gravité avec laquelle le vieil overman prononça ces paroles impressionna l'ingénieur, bien près de partager de tels sentiments. Ce sont ceux du marin qui abandonne son navire désemparé, ceux du laird qui voit abattre la maison de ses ancêtres !
James Starr avait serré la main de Simon Ford. Mais, à son tour, celui-ci venait de prendre la main de l'ingénieur, et la pressant fortement :
« Ce jour-là, nous nous étions tous trompés, dit-il. Non ! La vieille houillère n'était pas morte ! Ce n'était pas un cadavre que les mineurs allaient abandonner, et j'oserais affirmer, monsieur James, que son cœur bat encore !
— Parlez donc, Simon ! vous avez découvert un nouveau filon ? s'écria l'ingénieur, qui ne fut pas maître de lui. Je le savais bien ! votre lettre ne pouvait signifier autre chose ! Une communication à me faire, et cela dans la fosse Dochart ! Et quelle autre découverte que celle d'une couche carbonifère aurait pu m'intéresser ?...
— Monsieur James, répondit Simon Ford, je n'ai pas voulu prévenir un autre que vous...