Les solliciteurs furent grandement étonnés.

—Impossible?... répéta l’un d’eux.

—Voyez plutôt, dit Halg. Un seul poisson, et pas bien gros, voilà tout ce que je rapporte.

—On s’en contentera, affirma un émigrant, qui daigna faire contre mauvaise fortune bon cœur.

—Et moi?... objecta Halg.

—Toi!... s’écrièrent cinq voix qui exprimèrent à l’unisson la plus profonde surprise.

En vérité, il ne manquait pas d’aplomb, le jeune sauvage! Croyait-il compter pour quelque chose, en regard des cinq «civilisés» qui lui faisaient l’honneur de le mettre à contribution?

—Eh! dis donc, le mal blanchi, s’écria un des colons, tu as encore une façon de comprendre la fraternité!... c’est-il donc que tu aurais le toupet de nous le refuser, ton méchant poisson?

Halg garda le silence. Appuyé sur les principes énoncés par le Kaw-djer, il était sûr de son bon droit. «Assurer sa propre subsistance d’abord, puis...». D’abord, avait dit le Kaw-djer. Cet unique poisson étant de toute évidence insuffisant au repas du soir, il était par conséquent fondé à se refuser au partage.

—Ah bien! elle est verte, celle-là!... s’écria l’ouvrier indigné de ce qu’il considérait comme la preuve du plus choquant égoïsme.