—La colonie n’a pas d’argent, expliqua le Kaw-djer, mais elle s’en procure en vendant les vivres qu’elle est seule à posséder. Vous devez en savoir quelque chose, puisqu’il vous faut payer les vôtres.
—C’est vrai, reconnut Mme Rhodes. Mais s’il ne s’agit que d’un échange, si les colons sont obligés de rendre pour se nourrir ce qu’ils ont gagné par leur travail, je ne vois pas très bien comment ils deviendront mes clients.
—Soyez tranquille, madame Rhodes. Les prix ont été établis par moi, et ils sont tels que les colons peuvent faire de petites économies.
—Alors, qui donne la différence?
—C’est moi, madame Rhodes.
—Vous êtes donc bien riche, Kaw-djer?
—Il paraît.
Mme Rhodes regarda son interlocuteur d’un air ébahi. Celui-ci ne sembla pas s’en apercevoir.
—Je considère comme très important, madame Rhodes, reprit-il avec fermeté, que votre magasin soit ouvert à bref délai.
—Comme il vous plaira, Kaw-djer,» accorda Mme Rhodes sans enthousiasme.