Ce fut seulement au cours de l’après-midi que Lewis Dorick osa passer devant le Gouvernement. De loin, il lança un rapide coup d’œil du côté du Tribunal et vit le serrurier Lawson en train de réparer la porte fracturée. Lawson ne semblait pas attacher à son travail une importance particulière. On lui avait dit de mettre une serrure neuve; il la mettait, voilà tout.
La tranquillité de Lawson ne rassura nullement Dorick. Puisqu’on réparait la porte, c’est que l’effraction était connue. Par conséquent, on avait nécessairement découvert le baril de poudre et la mèche consumée. Qui avait fait cette découverte? Dorick n’en savait rien. Mais il ne pouvait douter qu’un événement aussi grave n’eût été immédiatement porté à la connaissance du Gouverneur, et il en concluait avec raison que des mesures allaient être prises, qu’on allait exercer une surveillance rigoureuse, et, se sachant coupable, il s’estimait en grand péril.
Une plus juste notion des choses lui rendit le sang-froid. Rien ne prouvait sa culpabilité après tout. Quand bien même on le soupçonnerait, ce n’est pas sur des soupçons qu’on peut arrêter, emprisonner, ni surtout condamner les gens. Pour cela, il faut des preuves. Et, des preuves, il n’en existerait pas contre lui, tant que ses complices garderaient le silence.
Un feu brûlait près de l’entrée. (Page 295.)
Ces réflexions rassurantes ne l’empêchèrent pas d’éprouver une violente émotion lorsque, vers la fin du jour, il se trouva à l’improviste face à face avec le Kaw-djer, qui venait, comme de coutume, surveiller les travaux du port. Celui-ci avait son air habituel, et l’on n’eût pas deviné, en le voyant, que rien d’insolite fût arrivé! Dorick jugea ce calme plus effrayant que la colère. Il se dit que, pour être si paisible, le Gouverneur devait avoir la certitude de mettre la main sur les coupables. Tremblant, il feignit de s’absorber dans son travail, en évitant de relever les yeux sur le Kaw-djer dont il n’aurait pu supporter le regard. Si celui-ci lui avait parlé, le misérable se fût trahi.
Mais, le Kaw-djer ne lui adressant pas la parole, il reprit confiance. Cette confiance ne fit que croître à mesure que les jours s’écoulaient. Sans parvenir à le comprendre, il constatait que rien n’était changé dans la ville, bien que l’attentat fût certainement connu, ainsi que le prouvaient les modifications apportées à la garde de nuit.
Longtemps, toutefois, la peur fut la plus forte. Pendant quinze jours, les cinq complices s’évitèrent et menèrent une vie exemplaire qui eût suffi à les rendre suspects à des observateurs plus attentifs. Puis, ces deux semaines écoulées, ils commencèrent à s’enhardir. Ils échangèrent d’abord quelques mots au passage, et enfin, la sécurité persistante leur donnant du courage, ils reprirent leurs promenades du soir et leurs anciens conciliabules.
Leur assurance grandissant de jour en jour, ils ne tardèrent pas alors à s’aventurer dans la grotte où le baril de poudre était caché. Ils le trouvèrent tel qu’ils l’y avaient mis, ce qui acheva de les tranquilliser.