Cette pénible ascension exigea près d’une heure. Parvenu au point culminant, le Kaw-djer s’avança jusqu’au bord de la falaise, et, là, debout dans la tourmente, il demeura immobile, le regard dirigé vers le Sud.

La nuit commençait à se faire du côté de l’Est, mais l’horizon opposé s’éclairait encore des dernières lueurs du soleil. De gros nuages échevelés par le vent, des haillons de vapeur qui traînaient dans la houle, passaient avec une vitesse d’ouragan. De toutes parts, rien que la mer.

Mais enfin, qu’était venu faire là cet homme à l’âme si profondément troublée? Avait-il un but, un espoir?... Ou bien, arrivé à la fin de la Terre, arrêté par l’impossible, avait-il soif seulement du grand repos de la mort?...

Le temps s’écoula, l’obscurité devint complète. Toutes choses disparurent, englouties par les ténèbres.

Ce fut la nuit...

Soudain, un éclair brilla faiblement dans l’espace, une détonation vint mourir à la grève.

C’était le coup de canon d’un navire en détresse.


IV
A LA CÔTE.

Il était alors huit heures du soir. Le vent, qui depuis un certain temps déjà soufflait du Sud-Est, battait en côte avec une prodigieuse violence. Un navire n’aurait pu doubler l’extrême pointe de l’Amérique sans risquer de se perdre corps et biens.