Deux heures plus tard, on commençait à longer la palissade limitant l’enclos des Rivière, quand on aperçut, sur la route, un fort parti d’hommes à pied. Leur nombre dépassait certainement la centaine. Lorsqu’on en fut plus près, on vit qu’il s’agissait des Patagons démontés au cours des rencontres précédentes.
Soudain, des coups de feu furent tirés de l’enclos. Une dizaine de Patagons tombèrent. Des survivants, les uns ripostèrent et envoyèrent contre la palissade des balles inoffensives, les autres esquissèrent un mouvement de fuite. Ils découvrirent alors les trente-deux cavaliers qui leur interdisaient la retraite et dont les rifles se mirent à leur tour à parler.
Au bruit de ces détonations, plus de deux cents hommes armés de fourches, de haches et de faux firent irruption hors de l’enclos, barrant la route vers Libéria. Cernés de toutes parts, à droite par des rocs infranchissables, en avant par les paysans que leur nombre rendait redoutables, à gauche par les fusils dont les canons luisaient au-dessus de la palissade, en arrière enfin par le Kaw-djer et ses cavaliers, les Patagons perdirent courage et jetèrent leurs armes sur le sol. On les captura sans autre effusion de sang. Pieds et mains entravés, ils furent enfermés dans une grange à la porte de laquelle on plaça des factionnaires.
C’était une opération merveilleuse. Non seulement les envahisseurs avaient perdu une centaine de cavaliers, mais aussi une centaine de fusils, et ces fusils, de médiocre valeur assurément, allaient au contraire accroître la force des Hosteliens. Ceux-ci pourraient disposer de trois cent cinquante armes à feu, contre six cents environ qui leur étaient opposées. La partie devenait presque égale.
La garnison réunie à l’enclos des Rivière put renseigner le Kaw-djer sur la marche des Patagons. En passant devant la palissade au cours de la matinée, ils n’avaient fait que de timides tentatives pour la franchir. Dès les premiers coups de fusils, ils y avaient renoncé et s’étaient contentés d’envoyer quelques balles sans se livrer à une attaque plus sérieuse. Décidément, ces sauvages étaient peut-être des guerriers, mais sûrement ils n’étaient pas des hommes de guerre. Leur objectif étant Libéria, ils y allaient tout droit, sans s’inquiéter des ennemis qu’ils laissaient derrière eux.
Puisqu’on avait la chance d’avoir fait d’aussi nombreux prisonniers, le Kaw-djer ne voulut pas s’éloigner sans essayer de les interroger. Il se rendit donc au milieu d’eux.
Dans la grange où on les avait enfermés régnait un silence profond. Accroupis le long des murailles, cette centaine d’hommes attendaient, dans une immobilité farouche, que l’on décidât de leur sort. Vainqueurs, ils eussent des vaincus fait des esclaves. Vaincus, ils estimaient naturel qu’un pareil traitement leur fût infligé. Pas un seul d’entre eux ne daigna remarquer la présence du Kaw-djer.
«Quelqu’un de vous comprend-il l’espagnol? demanda celui-ci à voix haute.
—Moi, dit un des prisonniers en relevant la tête.
—Ton nom?