—Ou au moins jusqu’à quinze cents, poursuivit Patterson sans se laisser intimider par cette menace de rupture.

Il était maintenant sur son terrain: le terrain du négoce. Il avait l’expérience de ces transactions. Que l’objet en jeu fût une marchandise ou une conscience, c’était toujours d’un achat et d’une vente qu’il s’agissait. Or, les achats et les ventes sont soumis à des règles immuables qu’il connaissait dans leurs détails. Il est d’usage, tout le monde le sait bien, que le vendeur demande trop, et que l’acheteur n’offre pas assez. La discussion établit l’équilibre. A marchander, il y a toujours quelque chose à gagner et jamais rien à perdre. Le temps pressant, Patterson s’était exceptionnellement résigné à doubler les étapes, et c’est pourquoi il était descendu d’un seul coup de deux mille piastres à quinze cents.

—Non, dit Sirdey d’un ton ferme.

—Si c’était au moins quatorze cents, soupira Patterson, on pourrait voir!... Mais mille piastres!...

—C’est mille et pas une de plus, affirma Sirdey en continuant son mouvement de recul.

Patterson eut, comme on dit, de l’estomac.

—Alors, ça ne va pas, déclara-t-il tranquillement.

Ce fut au tour de Sirdey d’être inquiet. Une affaire si bien emmanchée!... Allait-il la faire échouer pour quelques centaines de piastres?... Il se rapprocha.

—Coupons la poire en deux, proposa-t-il. On arrivera à douze cents.

Patterson s’empressa d’accepter.