—Notre ami va trop loin, intervint Harry Rhodes, qui considérait l’événement d’une manière moins pessimiste. Que la découverte de l’or soit une cause de troubles, c’est possible, mais de ruines!...

—Oui, de ruines, affirma le Kaw-djer avec force. La découverte de l’or n’a jamais laissé que la ruine après elle!

—Cependant, objecta Harry Rhodes, l’or est une marchandise comme une autre...

—La plus inutile.

—Du tout. La plus utile, puisqu’elle peut s’échanger contre toutes les autres.

—Qu’importe, répliqua le Kaw-djer avec chaleur, si, pour l’obtenir, il faut tout lui sacrifier! Des chercheurs d’or, l’immense majorité périt dans la misère. Quant à ceux qui réussissent, la facilité de leur succès détruit à jamais leur jugement. Ils prennent goût aux plaisirs aisément obtenus. Le superflu devient pour eux le nécessaire, et, quand ils sont amollis par les jouissances matérielles, ils deviennent incapables du moindre effort. Ils se sont enrichis peut-être, au sens social du mot. Ils se sont appauvris selon sa signification humaine, la vraie. Ce ne sont plus des hommes.

—Je suis de l’avis du Kaw-djer, dit alors Germain Rivière. Sans compter que, si on délaisse les champs, l’on ne remplacera pas les récoltes perdues. C’est peu de chose que d’être riche quand on crève de faim. Or, je crains bien que notre population ne résiste pas à cette influence funeste. Qui sait si les cultivateurs ne vont pas abandonner la campagne, et les ouvriers leur travail, pour courir aux placers?

—L’or!... l’or!... la soif de l’or! répétait le Kaw-djer. Aucun plus terrible fléau ne pouvait s’abattre sur notre pays.

Harry Rhodes était ébranlé.

—En admettant que vous ayez raison, dit-il, il n’est pas en notre pouvoir de conjurer ce fléau.