—Pour les claims, objecta Maurice Raynaud.

—Eh bien? interrogea le Kaw-djer.

—Il s’agit d’une mine, expliqua Alexander Smith. La loi est muette sur ce point.

—En effet, reconnut le Kaw-djer, mais une mine est une lourde entreprise, qui exige d’importants capitaux...

—Nous les possédons, interrompit Alexander Smith. Nous ne sommes partis que pour nous les procurer.

—Et c’est chose faite, dit Maurice Reynaud. Nous représentons ici la Franco-English Gold Mining Company, dont mon camarade Smith est l’ingénieur en chef, et dont je suis le directeur, société constituée à Londres le 10 septembre dernier, au capital de quarante mille livres sterling, sur lesquelles moitié représentent notre apport, et vingt mille livres le working-capital. Si nous traitons, comme je n’en doute pas, le steamer qui nous a amenés emportera nos commandes. Avant huit jours, les travaux seront commencés, dans un mois nous aurons les premières machines, et dès l’année prochaine notre outillage sera au complet.

Le Kaw-djer très intéressé par l’offre qui lui était faite, réfléchissait à la manière dont il devait l’accueillir. Il y avait du pour et du contre. Ces jeunes gens lui plaisaient. Il était enchanté de leur caractère décidé et de leur aspect de saine franchise. Mais permettre à une société franco-anglaise de s’implanter dans l’île Hoste et de s’y créer des intérêts considérables, n’était-ce pas ouvrir la porte à de futures complications internationales? La France et l’Angleterre, sous prétexte de soutenir leurs nationaux, n’auraient-elles pas un jour la tentation de s’ingérer dans l’administration intérieure de l’île? Le Kaw-djer, en fin de compte, se résolut à donner une réponse affirmative. La proposition était trop sérieuse pour être rejetée, et, puisque la maladie de l’or était désormais inévitable, mieux valait, au lieu de la laisser éparse à travers tout le territoire, la localiser dans quelques foyers faciles à surveiller, en divisant au besoin tous les gisements entre un petit nombre de sociétés importantes.

—J’accepte, dit-il. Toutefois, puisqu’il s’agit de travaux en profondeur, j’estime que les conditions prévues pour des concessions de claims doivent être modifiées.

—Comme il vous plaira, répondit Maurice Reynaud.

—Il y a lieu de fixer un prix à l’hectare.