Les délégués furent interloqués. Eux qui pensaient faire trembler!... Voilà comment on les redoutait!... Il y eut encore un silence. Puis un troisième prospecteur, remarquable par l’ampleur de sa barbe inculte, réunit tout son courage et entra dans le vif de la question.

—Après?... Il y a, après, que nous avons à nous plaindre. Voilà ce qu’il y a, après.

—De quoi?

—De tout. Nous ne pouvons pas nous en tirer, tant on nous montre ici de mauvais vouloir.

Quelque sérieuse que fût la situation, le Kaw-djer ne put s’empêcher d’être intérieurement égayé par la plaisante ironie d’une telle récrimination dans la bouche d’un des envahisseurs de l’île Hoste.

—Est-ce tout? demanda-t-il.

—Non, répondit le troisième prospecteur, qui possédait décidément la langue la mieux pendue. On voudrait aussi, nous autres, que les claims ne soient pas à qui veut les prendre. Il faut se battre pour les avoir. Les gentlemen—l’aventurier, un Américain de l’Ouest, employa ce mot le plus sérieusement du monde—préféreraient des concessions, comme ça se fait partout... Ce serait plus... officiel, ajouta-t-il après un moment de réflexion avec une conviction divertissante.

—Est-ce tout? répéta le Kaw-djer.

—Savoir!... répondit le prospecteur à la grande barbe. Mais, avant de passer à autre chose, les gentlemen voudraient une réponse au sujet des concessions.

—Non, dit le Kaw-djer.