Cette remarque inattendue surprit le Kaw-djer. Qui avait pu renseigner aussi bien ce mineur? Kennedy, sans doute, qu’on n’avait pas revu à Libéria. L’observation était juste, au surplus. La période qu’il avait fixée quand il s’était volontairement soumis aux suffrages des électeurs était expirée, en effet, et, aux termes de la loi autrefois promulguée par lui-même, on aurait dû procéder deux jours plus tôt à une nouvelle élection. S’il s’en était dispensé, c’est qu’il n’avait pas jugé opportun de compliquer encore une situation déjà si troublée, pour respecter une simple formalité, le renouvellement de son mandat étant absolument certain. Mais, d’ailleurs, en quoi cela regardait-il des gens qui n’étaient ni éligibles, ni électeurs?

Cependant, le chercheur d’or, enhardi par le calme du Kaw-djer, continuait sur un ton plus assuré:

—Les gentlemen réclament cette élection, et ils veulent que leurs voix comptent. Leurs voix valent celles des autres, pas vrai? Pourquoi qu’il y en aurait cinq mille qui feraient la loi à vingt? Ça n’est pas juste...

L’aventurier fit une pause et attendit inutilement la réponse du Kaw-djer. Embarrassé par ce silence persistant, et désireux de faire comprendre que sa mission était terminée, il conclut:

—Et voilà!

—Est-ce tout? interrogea pour la troisième fois le Kaw-djer.

—Oui... répondit le délégué. C’est tout, sans être tout... Enfin, c’est tout pour le moment.

Le Kaw-djer, regardant bien en face les dix hommes attentifs, déclara d’un ton froid:

—Voici ma réponse: «Vous êtes ici malgré nous. Je vous donne vingt-quatre heures pour vous soumettre tous sans condition. Passé ce délai, j’aviserai.»

Il fit un signe. Hartlepool et une vingtaine d’hommes accoururent.