L’intervention de la Société franco-anglaise para à ce danger. Désireux de s’assurer la main-d’œuvre qui leur était nécessaire, ses deux directeurs, Maurice Reynaud et Alexander Smith, proposèrent au Kaw-djer de procéder à une sélection parmi les aventuriers et de choisir, après sévère enquête, un millier d’hommes qui seraient autorisés à rester sur l’île Hoste. Ces hommes, la Gold Mining Company les emploierait sous sa responsabilité, étant bien entendu qu’ils seraient impitoyablement expulsés à la première incartade.
Le Kaw-djer accueillit favorablement ces ouvertures qui lui fournissaient un moyen de diviser les forces de l’adversaire. Sans hésiter, Maurice Reynaud et Alexander Smith, faisant ainsi preuve d’un courage assurément plus grand que celui du dompteur qui entre dans la cage de ses fauves, s’engagèrent alors sur la presqu’île Dumas, où pullulait la foule des prospecteurs révoltés. Huit jours plus tard, on les vit revenir à la tête de mille hommes triés soigneusement entre tous.
Cet exploit changea la face des choses. Les mille hommes que perdaient les insurgés, les Hosteliens les gagnaient, tout en conservant l’avantage de leur discipline et de leur armement supérieur. Le Kaw-djer franchit à son tour l’isthme dont il confia la garde à Hartlepool. Il rencontra dans la presqu’île moins de résistance qu’il ne le redoutait. Les mineurs n’avaient pas eu le temps encore de reprendre possession d’eux-mêmes. On réussit à les diviser, et chaque fraction fut successivement contrainte de s’embarquer sur des navires expédiés du Bourg-Neuf, qui croisaient dans ce but en vue de la côte. En quelques jours l’opération fut terminée. Exception faite de ceux dont répondaient Maurice Reynaud et Alexander Smith, et qui étaient d’ailleurs en trop petit nombre pour constituer un sérieux danger, le sol de l’île était purgé du dernier des aventuriers qui l’avaient infestée.
«Avec ses canots, le steamer débarque des soldats.» (Page 457.)
Dans quel état lamentable ne la laissaient-ils pas! La terre n’avait pas été cultivée, et la prochaine récolte était perdue comme l’avait été la précédente. Abandonnés à eux-mêmes dans les pâturages, beaucoup d’animaux avaient péri. On revenait en somme à plusieurs années en arrière, et, de même que dans les premiers temps de leur indépendance, la famine menaçait les colons de l’île Hoste.
Le Kaw-djer voyait nettement ce danger, mais il n’excédait pas son courage. L’important était de ne pas perdre de temps. Il le comprit, et agit, dans ce but, en dictateur, quelque pénible que ce rôle lui parût.
Comme autrefois, il fallut d’abord grouper toutes les ressources de l’île, afin de les répartir suivant les besoins de chaque famille. Cela ne se fit pas sans provoquer des murmures. Mais cette mesure s’imposait et on passa outre aux protestations des récalcitrants.
Elle ne devait avoir, d’ailleurs, qu’une durée éphémère. Tandis qu’on procédait au récolement des réserves, des achats étaient effectués dans l’Amérique du Sud, tant pour le compte de l’État que pour celui des particuliers. Un mois plus tard, on débarquait au Bourg-Neuf les premières cargaisons, et la situation commençait dès lors à s’améliorer rapidement.