—Je l’ai vu. Ensuite?
—C’est un navire de guerre.
—Je le sais.
—Il s’est affourché sur deux ancres au milieu du port, et, avec ses canots, il débarque des soldats.
—Des soldats!... s’écria le Kaw-djer.
—Oui, des soldats chiliens... en armes... Cent... deux cents... trois cents... Karroly ne s’est pas amusé à les compter... Il a préféré m’envoyer pour vous mettre au courant.»
L’incident en valait la peine et justifiait amplement l’émotion de Karroly. Depuis quand des soldats armés pénètrent-ils en temps de paix sur un territoire étranger? Le fait que ces soldats fussent chiliens ne laissait pas que de rassurer le Kaw-djer. Selon toute probabilité, on n’avait rien à craindre du pays auquel l’île Hoste devait son indépendance. Le débarquement de ces soldats n’en était pas moins anormal, et la prudence voulait que l’on prît, à tout hasard, les précautions nécessaires.
«Ils viennent!...» s’écria l’homme tout à coup, en montrant du doigt, par la fenêtre ouverte, la direction du Bourg-Neuf.
Sur la route, un groupe nombreux s’avançait, en effet, que le Kaw-djer évalua d’un coup d’œil. L’Hostelien avait exagéré quelque peu. Il s’agissait bien d’une troupe de soldats, car les fusils étincelaient au soleil, mais leur nombre atteignait cent cinquante tout au plus.
Le Kaw-djer, stupéfait, donna rapidement une série d’ordres clairs et précis. Des émissaires partirent de tous côtés. Cela fait, il attendit tranquillement.